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Food, shelter, love

Mathias Lefebvre est connu comme le “piano man” à Queenstown. Dans sa conférence TEDx il nous dit que, pour lui, seulement 3 choses sont nécessaires pour vivre : un peu de nourriture, un toit et de l’amour.

Mathias est un poète belge, mais il pourrait être un philosophe grec, car son mode de vie est en adéquation avec ses principes : si j’ai bien compris, il vit dans une vieille petite maison, il s’occupe de son petit potager pour se nourrir lui et sa petite famille, il passe du temps avec ses amis.

Évidemment, comme souvent quand on présente des choix de vie personnels qui sont en décalage avec la norme, beaucoup le prennent comme une critique directe de leur mode de vie au lieu de le voir comme une invitation à réfléchir. Même si les commentaires sur YouTube ne peuvent constituer une analyse sérieuse de la perception de la proposition de Mathias, on n’est pas étonné de voir des réponses du type “Mec, moi aussi je voudrais ne pas travailler! Mais le monde est comme ça”.

Je pense que ce type de réaction oublie peut-être un des points qui pour moi ont été très forts dans ce que Mathias expose. Quand Mathias dit, tout en montrant la photo de son bébé, qu’on naît esclaves, j’ai imaginé des enfants ont du mal à se lever pour aller à l’école, même s’ils sont curieux et adorent apprendre. Ou les mêmes enfants qui n’ont pas envie de faire les devoirs de musique, même s’ils adorent chanter et danser.

Ce n’est pas qu’ils ne veulent pas faire les choses, mais ils veulent faire des choses qui ont un vrai sens et non seulement des choses qui leur sont imposées.

Même s’il peut-être très naïf de croire que tous les problèmes n’ont qu’une seule cause, parfois il est utile de simplifier un problème pour mieux le comprendre. Mathias dit que nous sommes des esclaves parce que nous naissons sans abri (homeless). Dès lors, nous ne pouvons pas avoir notre potager ni un toit pour nous protéger de la pluie, et pour les avoir, il faut les acheter. Il faut donc avoir de l’argent et donc travailler. Dans n’importe quoi, pourvu que cela nous rapporte de l’argent.

Il a une jolie façon de nous expliquer comment on en est arrivés là : c’est la faute à celui qui a mis la première clôture autour d’un bout de terrain et il a dit “c’est à moi”. Les autres ont flippé et ont commencé à faire pareil1. Et nous avons hérité d’une planète qui a été partagé entre une nombre limité de gens2.

A la fin de son exposé, Mathias nous oppose concurrence et coopération, ce qui malheureusement ne nous avance pas beaucoup et nous laisse un peu sur notre faim.

Il se trouve que j’ai regardé la vidéo de Mathias juste après avoir fini la lecture du livre L’économie citoyenne : un nouveau mouvement a vu le jour3 de Christian Felber. Je suppose que cela m’a aussi sensibilisé au message de Mathias, mais surtout, m’a fait réaliser qu’il y a des gens qui ne se limitent pas à la critique du système économique et social actuel, ou qui ne proposent que des alternatives théoriques. Il existe des propositions et des réalisations concrètes qui montrent qu’on a raison d’être optimistes sur le futur qui attend la fille de Mathias.

Footnotes:

1

Merci à T. de m’avoir proposé une autre version de la même histoire.

2

Une partition d’un ensemble X est un ensemble de parties non vides de X deux à deux disjointes et qui recouvrent X, comme dirait un matheux sur Wikipédia.

3

L’économie citoyenne : un nouveau mouvement a vu le jour de Christian Felber – Éditeur : Actes Sud – Date de publication : Avril 2011 – 224 pages – Traduit de l’allemand par : Olivier MANNONI – ISBN 978-2-7427-9698-4