Jordi Inglada

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14 Nov 2020

La science, les médias et le virus

Mi octobre, l'émission La Méthode Scientifique sur France Culture était dédiée au traitement de la science dans les médias faisant ainsi écho à une tribune publiée dans Libération où des scientifiques appelaient leurs pairs à mettre de l'humilité dans le débat médiatique lié à la pandémie de SARS-CoV-2.

À la lecture de la tribune et suite à l'écoute de l'émission, on constate que les médias1 déterminent qui sont les experts sanitaires. Ils donnent le même poids à un commentateur professionnel («je ne suis pas médecin, mais …») qu'aux vrais experts et ne font pas la distinction entre un médecin clinicien, un épidémiologiste ou un virologue. Ceci n'est pas nouveau, évidemment, et c'est une pratique courante sur d'autres sujets sans base scientifique comme la finance, par exemple.

Comme le dit Étienne Klein, qui participait à l'émission, dans son tract Le goût du vrai:

[…] avoir un avis n'équivaut nullement à connaître la justesse ou la fausseté d'un énoncé scientifique. Les revues scientifiques ne sont certes pas parfaites – il leur arrive de publier des articles contenant des erreurs ou présentant des conclusions biaisées –, mais ni Twitter ni Facebook n'ont vocation à concurrencer Nature, encore moins à en tenir lieu, comme ils tendent parfois à le faire ces derniers temps.

Les scientifiques seraient tombés dans le piège du quart d'heure de célébrité. Ceci n'est pas étonnant vu qu'ils sont déjà des friands usagers des moyens de l'économie de l'attention pour optimiser les métriques utilisées pour les évaluations de carrière. Mais on peut aussi penser qu'il y a des raisons plus nobles à ce comportement, comme une vraie intention de se rendre utiles dans la crise, voire vouloir montrer que la science est utile et qu'elle doit être soutenue par les pouvoirs publics.

Ce n'est pas de l'élitisme que de dire que la plupart de citoyens (y compris ceux avec beaucoup de diplômes) ne savent pas comment fonctionne la science. Pour citer encore E. Klein :

Comme tout un chacun, les scientifiques peuvent se tromper, subir l'influence des idéologies ou des lobbys, parfois même tricher, de sorte que leurs déclarations quant à la vérité de tel ou tel résultat ne sauraient être prises pour argent comptant. Toujours est-il que, dans leur champ de compétences, ils en savent plutôt davantage que ceux qui en savent moins. Pardon pour le truisme.

Pour arriver à des éléments de réponse fiables, la science se base sur une méthode qui travaille souvent par réfutation d'hypothèses, et donc, par construction, la travail du scientifique est d'essayer de mettre en défaut le status quo. Le débat scientifique est donc nécessaire. C'est ce que Popper (et j'emprunte encore la référence à E. Klein) appelait « la coopération amicalement hostile des citoyens de la communauté du savoir ».

La mise au premier plan du débat scientifique serait utile si le public avait les outils et le temps de digérer toute l'information disponible. C'est donc aux médias (s'ils veulent aller au delà de la captation de l'audimat) de faire le travail d'explication. Au lieu de ça, certains font plutôt le contraire et brouillent le discours. Voici un exemple (encore tiré du livre de Klein) :

Le 5 avril dernier, alors qu'aucune étude thérapeutique n'avait encore eu le temps d'aboutir, Le Parisien publiait les résultats d'un sondage abracadabrantesque. À la question : « D'après vous, tel médicament est-il efficace contre le coronavirus ? », 59 % des personnes interrogées répondaient oui, 20 % non. Seuls 21 % des sondés déclaraient qu'ils ne savaient pas. L'immense majorité (80 %) affirmait donc savoir ce que personne ne savait encore…

Pourquoi en arriver là? Pourquoi ne pas traiter les sujets avec nuance, pédagogie et profondeur? Probablement parce que cela demande du temps et du travail et qu'il y a toujours le risque de perdre du temps de cerveau disponible. Il est beaucoup plus efficace de créer du faux débat avec une bonne dose de clash, céder à la tyrannie de l'urgence et créer du faux scoop, même si les spectateurs s'en moquent. Pousser donc les scientifiques à donner des réponses simples et courtes (entre 2 coupures publicité), comme s'ils répondaient au sondage cité ci-dessus, résulte en une absence de nuance et de raisonnement et font confondre l'avis du scientifique avec ses espoirs de citoyen.

Comme le disait Chomsky dans On archism, imposer la concision est une technique de propagande :

In fact, the structure of the news production system is, you can't produce evidence. There's even a name for it—I learned it from the producer of Nightline, Jeff Greenfield. It's called “concision.” He was asked in an interview somewhere why they didn't have me on Nightline. First of all, he says, “Well, he talks Turkish, and nobody understands it.” But the other answer was, “He lacks concision.” Which is correct, I agree with him. The kinds of things that I would say on Nightline, you can't say in one sentence because they depart from standard religion. If you want to repeat the religion, you can get away with it between two commercials. If you want to say something that questions the religion, you're expected to give evidence, and that you can't do between two commercials. So therefore you lack concision, so therefore you can't talk.

I think that's a terrific technique of propaganda. To impose concision is a way of virtually guaranteeing that the party line gets repeated over and over again, and that nothing else is heard.

Et comme le disait récemment Frédéric Lordon, les vrais intellectuels passent mal à la télé :

L'accès régulier aux grands médias est par soi un indicateur de la manière dont ceux qui en bénéficient vont y tenir la « fonction intellectuelle » : d'une manière factice qui contredit la fonction intellectuelle puisque la fonction intellectuelle est essentiellement fonction critique, et que l'accès régulier aux grands médias a pour condition implicite de n'y tenir qu'une fonction de ratification, ou bien de fausse critique. La ratification, ce sont tous les experts qui viennent dire sous des formes variées le bien-fondé général de l'ordre social comme il est, et la nécessité d'en opérer quelques réglages pour qu'il soit encore meilleur.

On pourrait se dire que dans le cas des questions scientifiques il n'y a pas de ligne du parti, mais quand on essaye de faire croire que les masques ne sont pas utiles, ou que l'on ne se contamine que dans la sphère privée, on peut se poser la question de pourquoi il n'est pas de l'intérêt de certains que ceux qui regardent comprennent. Même si la façon de masquer l'incompétence de ceux qui sont aux manettes, ainsi que leur niveau de cynisme, est variable en fonction des pays, il est intéressant d'écouter cet épisode du podcast «Making Sense» de Sam Harris pour avoir des éléments de réponse.

Au delà de toute tentative de manipulation de la vérité, il y a les biais cognitifs dont nous tous sommes victimes. Nous développons tous des stratagèmes pour ne pas croire ce que nous savons si ce savoir nous dérange.

La science est lente par nature, et malgré tout, on avance très vite dans la connaissance du virus. Le débat scientifique répond à de règles qui servent justement à éviter les biais cognitifs. Mais si les scientifiques eux-mêmes tombent dans le piège de la recherche de la reconnaissance immédiate et des effets de communication, comme c'est le cas des politiques et des journalistes, il risque d'y avoir deux effets très négatifs.

D'abord, les citoyens feront de moins en moins confiance à ces scientifiques qui semblent ne pas se mettre d'accord et changent d'avis en permanence. Et, deuxièmement, le bénéfice que la société pourrait tirer de leurs découvertes n'aura pas lieu parce que, à l'ère de la post-vérité chacun a tendance à faire son marché parmi les opinions disponibles, sans que cela ait besoin de passer le contrôle qualité de la réalité, ou comme le disait R. Feynman :

For a successful technology, reality must take precedence over public relations, for Nature cannot be fooled.

Richard P. Feynman

Footnotes:

1

terme utilisé pour dé-responsabiliser les individus journalistes

Tags: fr science medias
25 Oct 2020

Sérendipité, productivité et télétravail

La pandémie a permis (obligé?) l'expérimentation à grande échelle du télétravail. Beaucoup de gens faisaient déjà du télétravail avant, non pas seulement comme un substitut de ce qui était fait dans les locaux de leur entreprise, mais aussi comme un complément (ramener du travail à la maison, travail pendant les déplacements professionnels de courte ou de moyenne durée). Mais dès le début du confinement, il a fallu mettre en place des outils de «communication», non, plutôt de «collaboration» pour pallier le manque d'interaction quotidienne.

Le résultat a été un recours précipité et sans esprit critique à des services de messagerie instantanée et visio-conférence pour générer des interactions non indispensables pour le déroulement normal du travail.

Certains ont attribué cela à un manque de confiance de la part des managers qui ne seraient pas formés à gérer ce genre de situations.

D'autres, ont justifié le besoin de ces outils pour favoriser la sérendipité et le brassage d'idées, malgré le fait qu'il est démontré que les interruptions et les échanges permanents son négatifs pour la productivité. En effet, la plupart des gens vivent mal les interruptions, dont la plupart ont lieu quand on est physiquement au travail. En effet, ces interruptions ont l'inconvénient de ne pas pouvoir être mises en mode avion. D'ailleurs, il existe un sens de la culpabilité associé au fait de désactiver les notifications dans les outils de «collaboration».

À l'inverse, une bonne hygiène dans la gestion de ces outils résulte en une augmentation de l'efficacité par rapport au travail en présentiel (ou par rapport au télétravail qui essaie de simuler le présentiel).

En fait, cette sacro-sainte sérendipité a vraiment du mal à marcher aussi bien qu'on le voudrait et des efforts importants (avec les budgets associés) sont déployés par les entreprises pour concevoir des locaux lui permettant de s'exprimer. Oui, on en est là.

Si on peut comprendre que certains aient besoin d'interaction fréquente, il semble peu approprié de vouloir imposer ce mode de travail à tout le monde. Mais, malheureusement, on peut s'attendre à ce que des startupeurs se positionnent sur le créneau de la e-serendipity. Déjà, les CIO (les DSI du monde d'avant) se frottent les mains en voyant venir des augmentations de leurs budgets.

Ces effets de mode dans un workplace où les promotions et la reconnaissance passent de plus en plus par le présentéisme (contemplatif o stratégique) et la visibilité (physique ou numérique) contraste avec des analyses moins sexies. En effet, il semblerait que les rencontres fortuites ne mènent qu'à des vraies collaborations que par un travail approfondi. Ce travail conjoint approfondi nécessite la co-présence, mais organisée et en évitant la culture du ASAP, le FOMO et le changement continu de contexte.

En gros, il faudrait éviter le travail superficiel composé de réunions d'information descendante, les échanges sur la messagerie instantanée, les appels téléphoniques non programmés, etc. On pourrait aussi apprendre la collaboration asynchrone, ce qui permettrait de sortir de la tradition orale où la mémoire des équipes est perdue, mais aussi de respecter le rythme de chacun.

Vaste programme …

Tags: rant fr productivity meetings
03 Jun 2015

Le management dans le cambouis

Quelqu'un me faisait remarquer l'autre jour que les propos de Crawford sur les "métiers fantomatiques" étaient méprisants et que de la défense des métiers manuels il en fait une attaque contre les tâches de gestion ou de management.

Je n'ai pas ressenti cela en lisant le livre de Crawford et il s'agit peut-être tout simplement d'un manque de contexte dans mes 2 billets sur le sujet. Quand Crawford fait la critique du travail qui n'a pas de production tangible, il se base principalement sur son expérience de rédacteur de résumés d'articles scientifiques, tâche qu'il a vécu comme quelque chose qui n'avait aucun sens ni aucune vraie utilité. Il est donc très négatif sur ce type d'activité, mais j'ai compris sa critique comme une explication du non sens que l'individu peut vivre (il en est donc victime) et non comme un mépris de l'individu qui réalise la tâche.

Je ne pense pas que la critique de Crawford doive être interprétée comme une façon facile de taper sur les chefs qui profitent du travail de leurs subordonnés. En tout cas, ce serait vraiment naïf de penser que tous les postes dans les entreprises qui ne sont pas liés directement à la production sont "fantomatiques". Il y a souvent besoin de postes de management, non pas pour des questions d'autorité ou de prise de décision seulement, mais surtout pour que quelqu'un puisse avoir une vue d'ensemble d'activités qui impliquent beaucoup de contributions et parties différentes. Il est souvent crucial de détecter des possibilités de collaboration, détecter des doublons inutiles, etc. Ou pour utiliser la LQR, développer des synergies.

Ce n'est peut-être pas nécessaire dans un atelier de réparation de motos où travaillent 4 ou 5 personnes, mais pour concevoir une des motos qui y sont réparées, il faut bien quelques dizaines, voire quelques centaines de personnes, chacune spécialiste de technologies très différentes. Sans des individus qui sont capables de tisser des liens entre ces différentes activités, il est impossible d'arriver à des résultats efficacement.

Je pense que le livre de Crawford a 2 messages principaux :

Tags: fr books ideas philo eco life
06 May 2015

Métiers fantomatiques et jugement infaillible de la réalité

J'ai l'impression que le livre de Crawford1 à propos duquel j'ai commencé à écrire ici, va me donner beaucoup de matière pour ce blog.

Dans son ouvrage, Crawford "plaide plaide pour un idéal qui s'enracine dans la nuit des temps mais ne trouve plus guère d'écho aujourd'hui : le savoir-faire manuel et le rapport qu'il crée avec le monde matériel et les objets de l'art." Il est conscient que son point de vue est difficile à défendre dans notre société de la connaissance :

Ce type de savoir-faire est désormais rarement convoqué dans nos activités quotidiennes de travailleurs et de consommateurs, et quiconque se risquerait à suggérer qu'il vaut la peine d'être cultivé se verrait confronté aux sarcasmes du plus endurci des réalistes : l'économiste professionnel. Ce dernier ne manquera pas, en effet, de souligner les "coûts d'opportunité" de perdre son temps à fabriquer ce qui peut être acheté dans le commerce. Pour sa part, l'enseignant réaliste vous expliquera qu'il est irresponsable de préparer les jeunes aux professions artisanales et manuelles, qui incarnent désormais un stade révolu de l'activité économique. On peut toutefois se demander si ces considérations sont aussi réalistes qu'elles le prétendent, et si elles ne sont pas au contraire le produit d'une certaine forme d'irréalisme qui oriente systématiquement les jeunes vers les métiers les plus fantomatiques.

Par "métier fantomatique", Crawford entend les activités non directement productives et dont le résultat n'est pas tangible ou mesurable.

Qu'est-ce qu'un "bon" travail, qu'est-ce qu'un travail susceptible de nous apporter à la fois sécurité et dignité? Voilà bien une question qui n'avait pas été aussi pertinente depuis bien longtemps. Destination privilégiée des jeunes cerveaux ambitieux, Wall Street, a perdu beaucoup de son lustre. Au milieu de cette grande confusion des idéaux et du naufrage de bien des aspirations professionnelles, peut-être verrons-nous réémerger la certitude tranquille que le travail productif est le véritable fondement de toute prospérité. Tout d'un coup, il semble qu'on n'accorde plus autant de prestige à toutes ces méta-activités qui consistent à spéculer sur l'excédent créé par le travail des autres, et qu'il devient de nouveau possible de nourrir une idée aussi simple que : "Je voudrais faire quelque chose d'utile".

Il est intéressant de noter qu'il appelle cela "un bon travail". Cette qualification va au delà de l'aspect politique marxisant. Pour Crawford, il est avant tout question de bien être de l'individu qui exerce l'activité. Il explique, par exemple, sa propre expérience d'électricien :

Le moment où, à la fin de mon travail, j'appuyais enfin sur l'interrupteur ("Et la lumière fut") était pour moi une source perpétuelle de satisfaction. J'avais là une preuve tangible de l'efficacité de mon intervention et de ma compétence. Les conséquences étaient visibles aux yeux de tous, et donc personne ne pouvait douter de ladite compétence. Sa valeur sociale était indéniable.

Et la satisfaction ne venait pas seulement de cette "valeur sociale", mais aussi (surtout?) la fierté du travail bien fait :

Ce qui ne m'empêchait pas de ressentir une certaine fierté chaque fois que je satisfaisais aux exigences esthétiques d'une installation bien faite. J'imaginais qu'un collègue électricien contemplerait un jour mon travail. Et même si ce n'était pas le cas, je ressentais une obligation envers moi-même. Ou plutôt, envers le travail lui-même – on dit parfois en effet que le savoir-faire artisanal repose sur le sens du travail bien fait, sans aucune considération annexe. Si ce type de satisfaction possède avant tout un caractère intrinsèque et intime, il n'en reste pas moins que ce qui se manifeste là, c'est une espèce de révélation, d'auto-affirmation. Comme l'écrit le philosophe Alexandre Kojève, "l'homme qui travaille reconnaît dans le Monde effectivement transformé par son travail sa propre œuvre : il s'y reconnaît soi-même, il y voit sa propre réalité humaine, il y découvre et y révèle aux autres la réalité objective de son humanité, de l'idée d'abord abstraite et purement subjective qu'il se fait de lui-même."2

Et c'est le lien entre cette idée subjective de soi même et la réalité objective du résultat produit qui fait qu'il y a des activités professionnelles qui peuvent être très épanouissantes. Le revers de la médaille est évidemment l'échec impossible à dissimuler, à différence des métiers non productifs, dont les résultats sont difficiles à mesurer quantitativement et même à évaluer qualitativement :

La vantardise est le propre de l'adolescent, qui est incapable d'imprimer sa marque au monde. Mais l'homme de métier est soumis au jugement infaillible de la réalité et ne peut pas noyer ses échecs ou ses lacunes sous un flot d'interprétations. L'orgueil du travail bien fait n'a pas grand-chose à voir avec la gratuité de l'"estime de soi" que les profs souhaitent parfois instiller à leurs élèves, comme par magie.

Crawford parle de "vantardise", ce qui peut-être compris comme étant moqueur dans cette citation hors de contexte. De mon point de vue, Crawford est très dur avec les activités qu'il appelle "fantomatiques" plus haut, mais il ne s'attaque jamais aux individus qui les exercent. Il y a dans le livre quelques pages sur les postes de management3 qui expliquent bien la difficulté d'occuper ce type de poste :

Pour commencer, Jackall4 observe que, malgré la nature essentiellement bureaucratique du procès de travail moderne, les managers ne vivent nullement leur rapport à l'autorité comme quelque chose d'impersonnel. Cette autorité est en fait incarnée dans les personnes concrètes avec lesquelles ils entrent en relation à tous les niveaux de la hiérarchie. La carrière d'un individu dépend entièrement de ses relations personnelles, entre autres parce que les critères d'évaluation sont très ambigus. Par conséquent, les managers doivent passer une bonne partie de leur temps à "gérer l'image que les autres se font d'eux". Soumis sans répit à l'exigence de faire leurs preuves, les managers vivent "dans une angoisse et une vulnérabilité perpétuelles, avec une conscience aiguë de la probabilité constante de bouleversements organisationnels susceptibles de faire capoter touts leurs projets et d'être fatals à leur carrière", comme l'écrit Craig Calhoun5 dans sa recension du livre de Jackall. Ils sont ainsi systématiquement confrontés à la "perspective d'un désastre plus ou moins arbitraire".

Malheureusement, et par le Principe de Peter, les individus techniquement compétents sont poussés à suivre des carrières qui les amènent à des postes où ils finissent par perdre tout contact avec la réalité concrète du travail et se retrouvent dans les situations décrites ci-dessus. Il reste encore des entreprises où l'excellence technique est reconnue comme une filière aussi importante que le management.

D'un autre côté, il faut bien reconnaître que dans les grosses structures il est nécessaire de gérer les équipes et que quelqu'un doit assurer une vision d'ensemble des activités, même si ce sont des tâches peu épanouissantes.

Footnotes:

1

Matthew B Crawford, Eloge du carburateur. Essai sur le sens et la valeur du travail, La Découverte, 2010, 249 p., EAN : 9782707160065.

2

Alexandre Kojève Introduction à la lecture de Hegel, Gallimard, Paris, 1980, p.31-32

3

Le management ici a un sens trè général et non pas strictement hiérarchique. Par ailleurs, Crawford aborde la notion de hiérarchie basée sur une compétence technique, qu'il juge assez positivement.

4

R. Jackall, "Moral mazes : The world of corporate managers", Oxford University Press, 1988

5

C. Calhoun, "Why do bad careers happen to good managers?"

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29 Apr 2015

La dégradation du travail selon Crawford

Dans "Éloge du carburateur"1, M. Crawford explique que la distinction entre travail manuel et intellectuel est artificielle et relativement récente :

"L'émergence de la dichotomie entre travail manuel et travail intellectuel n'a rien de spontané. On peut au contraire estimer que le XXe siècle s'est caractérisé par des efforts délibérés pour séparer le faire du penser. Ces efforts ont largement été couronnés de succès dans le domaine de la vie économique, et c'est sans soute de succès qui explique la plausibilité de cette distinction. Mais dans ce cas, la notion même de "succès" est profondément perverse, car partout où cette séparation de la pensée et de la pratique a été mise en oeuvre, il s'en est suivi une dégradation du travail."

Il fait ensuite le constat que cette dichotomie a été étendue à des tâches qui étaient censées être purement intellectuelles, car le point important n'est pas tellement que le travail soit physique ou symbolique, mais plutôt que l'individu le réalisant ait de la latitude dans ses actions (agency) :

"Une bonne partie de la rhétorique futuriste qui sous-tend l'aspiration à en finir avec les cours de travaux manuels et à envoyer tout le monde à la fac repose sur l'hypothèse que nous sommes au seuil d'une économie postindustrielle au sein de laquelle les travailleurs ne manipuleront plus que des abstractions. Le problème, c'est que manipuler des abstractions n'est pas la même chose que penser. Les cols blancs sont eux aussi victimes de la routinisation et de la dégradation du contenu de leurs tâches, et ce en fonction d'un logique similaire à celle qui a commencé à affecter le travail manuel il y a un siècle. La part cognitive de ces tâches est "expropriée" par le management, systématisée sous forme de procédures abstraites, puis réinjectée dans le procès de travail pour être confiée à une nouvelle couche d'employés moins qualifiés que les professionnels qui les précédaient. Loin d'être en pleine expansion, le véritable travail intellectuel est en voie de concentration aux mains d'un élite de plus en plus restreinte. Cette évolution a des conséquences importantes du point de vue de l'orientation professionnelle des étudiants. Si ces derniers souhaitent pouvoir utiliser leur potentiel cérébral sur leur lieu de travail tout en n'ayant pas vocation à devenir des avocats vedettes, on devrait les aider à trouver des emplois qui, par leurs caractéristiques propres, échappent d'une façon ou d'une autre à la logique taylorienne."

La cause sous-jacente en serait donc l'optimisation recherchée par le taylorisme. La conséquence est donc la perte de la maîtrise, des compétences du métier. Et ceci est doublement dramatique, car la créativité n'est pas une qualité des esprits géniaux, mais plutôt le résultat de compétences capitalisées dans la durée :

"En réalité, bien entendu, la véritable créativité est le sous-produit d'un type de maîtrise qui ne s'obtient qu'au terme de longues années de pratique. C'est à travers la soumission aux exigences du métier qu'elle est atteinte (qu'on songe à un musicien pratiquant ses gammes ou à Einstein apprenant l'algèbre tensorielle). L'identification entre créativité et liberté est typique du nouveau capitalisme; dans cette culture, l'impératif de flexibilité exclut qu'on s'attarde sur une tâche spécifique suffisamment longtemps pour y acquérir une réelle compétence. Or, ce type de compétence est la condition non seulement de la créativité authentique, mais de l'indépendance dont jouit l'homme de métier."

On pourrait donc conclure que la logique économique pousse à la perte de compétences, qui elle entraîne le manque de créativité, la limitation de la liberté de l'individu dans son travail et enfin la frustration. Ceci est finalement assez cohérent avec ce qu'on entend souvent autour de la machine à café au boulot.

Mais ce serait trop simpliste d'oublier que souvent les individus eux-mêmes ont très envie de quitter des tâches techniques et concrètes. Parfois on dit que c'est la seule façon de faire carrière. Il doit y avoir aussi des cas où l'on essaye d'échapper à la réalité concrète des problèmes à résoudre :

"Dans toute discipline un peu ardue, qu'il s'agisse du jardinage, de l'ingénierie structurale ou de l'apprentissage du russe, l'individu doit se plier aux exigences d'objets qui ont leur propre façon d'être non négociable. Ce caractère "intraitable" n'est guère compatible avec l'ontologie du consumérisme, qui semble reposer sur une tout autre conception de la réalité."

Le désengagement vis-à-vis du travail concret est illustré par Crawford seulement sous l'aspect de l'aliénation par le découpage en sous-tâches simples et qui ne demandent pas de compétence particulière. Il y a un tout autre mode de désengagement qui mène au même résultat : la délégation, le faire faire au lieu de faire.

Souvent, les raisons de ce choix sont les mêmes que celles de la taylorisation : faire des économies (il est plus facile d'obtenir un budget one-shot que de dégager des RH). Ce qui est brillant dans le choix de la sous-traitance est qu'on n'a même pas besoin de faire de l'ingénierie de la connaissance pour automatiser le processus de production. Il suffit de passer un contrat. On peut même appliquer des pénalités au fournisseur en cas de délais2.

La grosse différence par rapport à la taylorisation est que ce n'est pas un ensemble d'individus incompétents qui travaillent à la chaîne pour accomplir la tâche, mais plutôt des clients de moins en moins compétents qui passent des contrats dont ils sont incapables d'évaluer les résultats. Mais cela tombe bien, puisqu'en face, les fournisseurs, jadis compétents et fiers, appliquent la même recette de façon transitive et ne se privent pas d'ajouter de la taylorisation dans la formule.

Si vous avez fait construire un joli pavillon avec jardin en banlieue, vous savez de quoi je parle. Si vous avez fait faire des travaux de rénovation, aussi. J'ai aussi entendu des anecdotes similaires dans des commandes auprès de graphistes, dans le développement informatique, dans la recherche scientifique. On en est tous un peu victimes et responsables à la fois.

Nous avons perdu la fierté d'avoir un métier et de bien le faire. Merci M. Taylor.

Allez, retournez à vos PPT et vos tableurs.

Footnotes:

1

Matthew B Crawford, Eloge du carburateur. Essai sur le sens et la valeur du travail, La Découverte, 2010, 249 p., EAN : 9782707160065.

2

Et fermer les yeux pour ne pas savoir comment la pression est exercée sur l'individu qui fait le vrai travail en bout de chaîne.

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08 Apr 2015

Lingua Quintae Respublicae

"LQR : la propagande du quotidien"1 est le titre d'un livre d'Éric Hazan qui parle du développement d'une nouvelle langue à laquelle on est exposés en permanence (lisant le journal, écoutant les annonces dans le métro, le courrier en provenance de la Mairie) et "qui chaque jour efface les résistances, les différences, les opinions et travaille à la domestication des esprits". C'est la LQR, pour Lingua Quintae Respublicae.

Hazan explique comment ce langage est une propagande occulte. On pourrait s'attendre à une sorte de complot d'un petit nombre qui organiserait sa diffusion, mais ce n'est pas le cas. Pour Hazan, c'est le résultat d'une communauté de formation (ils sortent des mêmes écoles qui forment les élites de la nation) et d'intérêts des gens qui la forgent et qui la répandent.

Le livre n'est pas une étude scientifique, mais plutôt une liste d'exemples concrets interprétés par l'auteur. Il l'explique lui même ainsi :

N'étant ni linguiste ni philologue, je n'ai pas tenté de mener une étude scientifique de la LQR dans sa forme du XXIe siècle. Mais, le travail d'éditeur m'ayant fait entrer par la petite porte dans le domaine des mots, j'ai relevé dans ce que je lisais et entendais ici et là certaines expressions marquantes de la langue publique actuelle.

Il donne beaucoup d'exemples de substitution de mots par d'autres, en apparence synonymes, comme par exemple, l'utilisation de "problème" à la place de "question" (i.e. question sociale) :

A une question, les réponses possibles sont souvent multiples et contradictoires, alors qu'un problème, surtout posé en termes chiffrés, n'admet en général qu'une solution et une seule. La démonstration, toujours présentée comme objective, obéit à des règles déterminés par des spécialistes.

Aussi, l'utilisation d'anglicismes est analysée :

Dans l'évitement/substitution, le recours aux anglicismes est fréquent. C'est ainsi que préventif, sans doute trop clair, est lentement remplacé par préemptif : "L'idée d'une frappe préemptive [sur les installations nucléaires iraniennes] fait aujourd'hui l'objet d'intenses débats à Tel-Aviv" (Le Monde, 26 novembre 2004). Dans le même registre, la gouvernance a fait son entrée dans la LQR, prenant des parts de marché à gouvernement (trop étatique), à direction (trop disciplinaire), à management (trop technocratique, bien qu'assez ancien dans la novlangue).

Il analyse aussi la présentation de quelque chose comme acquis ou au contraire révolu, selon l'intérêt du moment :

Selon la vulgate néo-libérale, nous vivons dans une société post-industrielle. Faire disparaître l'industrie a bien des avantages : en renvoyant l'usine et les ouvriers dans le passé, on range du même coup les classes et leurs luttes dans le placard aux archaïsmes, on accrédite le mythe d'une immense classe moyenne solidaire et conviviale dont ceux qui se trouvent exclus ne peuvent être que des paresseux ou des clandestins.

Dans le même genre et sur la modernisation il nous propose :

Ce discours et à prendre au sérieux. Dans la stratégie de maintien de l'ordre, son but est double : faire croire que la modernisation est un processus mené dans l'intérêt de tous et qu'il n'y a ni raison ni moyen de s'y opposer; et masquer le fait inquiétant que, parmi l'"élite dirigeante", personne ne sait où l'on va.

Il donne aussi des exemples de mots qui disparaissent de la langue :

Le prolétariat est sorti du langage politico-médiatique par la même porte que la classe ouvrière : en appeler aux prolétaires de tous les pays passerait aujourd'hui pour une bouffée incontrôlée de nostalgie du goulag.

Ou des substitutions qui rendent impossibles certaines notions, car le mot substitut n'en permet pas l'usage :

Le remplacement des exploités par les exclus est une excellente opération pour les tenants de la pacification consensuelle, car il n'existe pas d'exclueurs identifiables qui seraient les équivalents modernes des exploiteurs du prolétariat.

Il y a aussi l'apparition de mots mous qui n'ont presque pas de contenu :

Mais malgré son affinité affichée pour le divers et le multiple, la langue des médias et des politiciens a une prédilection pour les mots qui sont au contraire les plus globalisants, immenses chapiteaux dressés sans le champ sémantique et sous lesquels on n'y voit rien. Je pense à totalitarisme, à fondamentalisme, à mondialisation, notions molaires comme disait Deleuze, propres à en imposer aux masses – par opposition aux outils moléculaires faits pour l'analyse et la compréhension.

Et des idées que l'on répète, à la limite de l'endoctrinement (et qui serait donc hérétique de questionner) :

La France pays des droits de l'Homme, la France terre d'accueil, ces expressions récurrentes n'ont été justifiées qu'à des moments historiques très courts : quelques mois pendant la Révolution, quelques semaines pendant la Commune de Paris - dont le ministre du travail était Leo Frankel, un ouvrier allemand, et qui avait confié à deux immigrés polonais la conduite de ses combattants. Le reste du temps – c'est à dire, en somme, presque tout le temps –, les étrangers ont été au mieux harcelés et au pire persécutés, le régime de Vichy et le pouvoir actuel étant allés jusqu'à punir sévèrement l'hébergement de ceux qui étaient/sont en situation "irrégulière".

L'objectif final de la LQR étant de dresser des écrans de fumée sur les sujets importants tout en faisant semblant de s'intéresser à la réalité des gens :

Ce fatras bien-pensant ne fait que confirmer les tendances de la démocratie libérale actuelle : retour à la bonne vieille morale, aux valeurs transcendantes et au sens du sacré, épandage éthique masquant les réalités financières, faux problèmes éthiquement montés en épingle pour éviter les questions gênantes. Un vaste territoire aménagé pour les âmes naïves, où experts, académiciens et autorités spirituelles s'expriment doctement sur le séquençage du génome humain, le transfert des joueurs de football, le traitement des déchets nucléaires ou l'enseignement du français.

En conclusion, un livre intéressant dont le seul point que j'ai trouvé gênant est celui de donner l'impression qu'il s'agit d'un phénomène qui n'existe qu'en France, ce qui, à mon avis, n'est pas le cas.

Si vous faites partie des gens occupés qui n'ont pas le temps de lire, vous pouvez toujours écouter l'émission de D. Mermet dans laquelle Hazan avait participé lors de la sortie du livre.

Footnotes:

1

LQR : la propagande du quotidien, Liber-Raisons d'agir, 2006 (ISBN 2-912107-29-6)

Tags: fr books ideas politics
01 Apr 2015

Libre arbitre : la vidéo

On m'a fait découvrir cette vidéo sur le libre arbitre. Elle est très intéressante, car elle s'appuie sur des expériences de sciences cognitives qui ont tendance à prouver que ce qui est souvent appelé décision par les humains intervient bien après que les mécanismes neurologiques dans le cerveau se mettent en route pour exécuter les actions.

Les 3 points de vue sur la question sont bien présentés :

  1. Le déterminisme dur : le libre arbitre n'existe pas, car le cerveau obéit aux lois de la physique.
  2. Le dualisme : il existe une séparation entre corps et esprit qui n'obéissent pas aux mêmes lois.
  3. Le compatibilisme : même si tout est déterministe, c'est notre cerveau qui détermine nos actions et on appelle cela le libre arbitre.

Pour moi, ces 3 points de vue, peuvent être qualifiés (pas forcément dans l'ordre) de :

a) Scientifique. b) Désespéré. c) Magique.

A vous de relier les chiffres avec les lettres et de trouver la bonne réponse. Vous trouverez quelques indices ici, ici et ici.

Regardez la vidéo, elle vaut le détour. En tout cas, la conclusion permet de comprendre pourquoi on veut tellement y croire : si les gens arrêtaient de croire à l'existence du libre arbitre, les conséquences sociales seraient terribles!

Mais ne vous en faites pas, personne ne lit ça. Ils regardent un match à la télé ou sont sur Facebook.

#lelibrearbitrenexistepas

Tags: fr ideas philo
11 Mar 2015

Ceci n'est pas un titre

Lors du dernier billet, j'ai essayé d'expliquer comment, à partir de théories mathématiques et d'analogies entre des modèles de calcul et des systèmes physiques, on peut légitimement mettre en question l'existence du libre arbitre. J'ai donnée quelques références vers des références qui expliquent tout cela bien mieux que ce que j'ai pu écrire.

Souvent, les gens qui se réclament des philosophies de type existentialiste ont beaucoup de mal à accepter ce genre de raisonnement, qui nie la possibilité de la liberté au sens classique. Ceci est complètement contradictoire avec la phrase de Sartre :

« il n'y a pas de déterminisme, l'homme est libre, l'homme est liberté »1

La philosophie, comme la sociologie, étant un sport de combat, le débat avec les philosophes du libre arbitre se termine souvent par un commentaire du genre :

"S'il n'y a pas de libre arbitre, pourquoi essayes-tu de me convaincre? Si tu crois pouvoir me convaincre, cela veut dire que tu crois pouvoir me changer et que donc tout ne serait pas déterminé à l'avance."

Au delà du fait que cette argumentation peut être démontée facilement ("j'essaye de te convaincre parce que je suis déterminé ainsi", et vlan!), elle n'a aucun intérêt. Et c'est bien dommage, car je cherche désespérément quelqu'un qui pourrait me donner des éléments scientifiques qui démontrent l'existence de ce libre arbitre tant adoré.

Souvent, les arguments pour dire que le réductionnisme scientifique ne marche pas, sont basés sur le fait que le démon de Laplace date du début du XIXè siècle et que depuis on a développé la théorie du chaos qui démontrerait que Laplace avait tort. On sait que ce raisonnement confond les notions d'aléatoire et de prédictible et qu'il est donc faux.

Si avant la séparation entre science et philosophie (à partir de Galilée), on pouvait accepter que la philosophie était le savoir, depuis que la méthode scientifique a été formalisée, on ne devrait pas accepter comme possible ce qui n'est pas réfutable.

Il est paradoxal de constater que les philosophies athées font souvent appel à cette démarche pour défendre leurs positions (et c'est très bien!). Mais quand il s'agit de remettre en cause le libre arbitre, la machine déraille et la réaction de l'athée libertaire, libertarien, libéral ou libertin est de devenir dualiste et dire qu'il ne s'agit plus de processus physiologiques (donc physiques) mais de processus psychologiques et que donc, par conséquence, les lois de la physique ne s'appliquent plus. Pour moi, ceci relève de la pensée magique et s'éloigne de la science.

Il est vrai que je suis plutôt du côté de Rutherford :

"All science is either physics or stamp collecting"2

Il y a tout de même des philosophes qui s'intéressent à l'interface entre physique et biologie et ils ont l'air de le faire sérieusement. Mais cela reste de la physique (par opposition à la métaphysique). Ces travaux font référence à la notion d'autopoïèse qui elle est liée aux concepts évoqués lors de la présentation du Game of Life.

Je serais ravi de découvrir des approches scientifiques qui expliqueraient la dualité entre corps et âme, entre physiologie et psychologie, entre matériel et spirituel.

Et non, l'émergence ne compte pas, car le concept philosophique de "le tout est plus que la somme de ses parties" ne va pas bien loin et quand on fouille un peu dedans on se rend compte que cela reste explicable par les propriétés de la matière.

Il ne s'agit pas là d'une vision du monde qui manque de poésie, puisque nous sommes de la poussière d'étoiles! Malheureusement, il y a des allergiques à la poussière un peu partout.

Je comprends l'angoisse de l'existentialiste (à ne pas confondre avec l'angoisse existentielle) qui se rend compte de l'absence de libre arbitre, mais une fois qu'on a compris ça, ce serait de la mauvaise foi (de la vraie, et non pas celle de l'existentialisme) que de continuer à s'y opposer. Si ce n'est pas de la mauvaise foi, c'est alors peut-être un manque de compréhension de la notion d'auto-référence, avec laquelle on peut expliquer certains phénomènes d'émergence, le mécanisme de la conscience, etc.

Mais il est bien connu que la première chose qu'il faut faire pour comprendre l'auto-référence est de comprendre l'auto-référence! Et comme l'écrivait Kurt G. dans son journal intime un matin avant un départ en randonnée, "on n'est pas sortis de l'auberge"!

Footnotes:

Tags: fr ideas philo
22 Feb 2015

Le jeu de la vie

C'est ainsi, Game of Life (GoL), qu'a été baptisé l'automate cellulaire imaginé par John Conway. Un automate cellulaire est un modèle où étant donné un état, on passe à l'état suivant en appliquant un ensemble de règles.

Dans le cas du GoL, le modèle est une grille (un quadrillage) composée de cellules qui sont, soit allumées (vivantes), soit éteintes (mortes). Les règles pour calculer l'état suivant sont simples1 :

En fonction de la taille de la grille et de la configuration initiale des cellules, l'évolution du jeu peut donner des résultats très intéressants. En voici un exemple tiré de Wikipédia :

Au delà de son caractère amusant, le GoL présente des propriétés mathématiques très riches. Des structures stables et périodiques peuvent apparaître. Certaines ont même des noms très sympathiques : grenouilles, jardins d'Éden, etc.

Encore plus intéressant est le fait qu'il s'agit d'une machine de Turing universelle :

"il est possible de calculer tout algorithme pourvu que la grille soit suffisamment grande et les conditions initiales correctes"

et de là, il en découle, de par le problème de l'arrêt, qu'on ne peut pas prédire le comportement asymptotique de toute structure du jeu de la vie. Il s'agit d'un problème indécidable au sens algorithmique.

"Dire qu'un problème est indécidable ne veut pas dire que les questions posées sont insolubles mais seulement qu'il n'existe pas de méthode unique et bien définie, applicable d'une façon mécanique, pour répondre à toutes les questions, en nombre infini, rassemblées dans un même problème."2

On voit bien que, même une machine complètement déterministe et extrêmement simple, peut être imprédictible.

Il y en a qui seraient tentés de dire qu'une telle machine pourrait avoir du libre arbitre. Bien entendu, les gens sensés, auront un sourire narquois en entendant de tels propos. Une grille de morpion qui voudrait s'émanciper!

Si on revient sur le côté amusant du jeu, on pourrait avoir envie d'en faire un objet physique. Avec l'électronique bon marché pour les bricoleurs, il ne doit pas être difficile de brancher quelques (centaines de) LEDs et les piloter avec un Arduino contenant le programme avec les règles du GoL.

On pourrait même utiliser une webcam pour prendre une photo de l'environnement, la binariser et en faire ainsi la configuration initiale pour la grille.

De là, il est difficile d'échapper à la tentation du selfie pour initialiser le système. Est-ce que si on sourit sur la photo ça converge vers un jardin d'Éden3? Est-ce que si on fait la gueule ça génère des canons? Est-ce que si on prend Papi en photo ça nous fait des Mathusalems?

Et sans s'en rendre compte, on a construit un système physique qui réagit à l'expression d'un visage et dont l'état asymptotique est indécidable! C'est presque le niveau de développement social d'un bébé de quelques semaines. Et on peut le débrancher la nuit4!

Footnotes:

1

Comme d'habitude, Wikipédia est votre amie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeu_de_la_vie .

3

En fait, c'est impossible par définition, mais bon …

4

Ce n'est pas encore aussi abouti que ce que Charlotte proposait la semaine dernière, mais on s'en approche.

Tags: fr ideas philo algorithms
04 Feb 2015

expert.py

L'autre jour je discutais avec mon ami Gilles sur la frustration ressentie face à des services clients qui n'en sont pas. Que ce soient des avatars appelés conseillers virtuels ou des humains qui suivent une procédure préétablie pour essayer de vous donner une réponse à une question posée, il me disait que c'est pareil. Et qu'en fait, il vaudrait mieux qu'il n'y ait pas d'humain dans le système, car ça doit être désagréable pour eux de recevoir des remarques méprisantes voire des insultes de la part des clients.

Notre conversation a dérivé vers l'idée générale d'automatisation du travail pour enfin arriver au constat que les possibilités ne se limitent pas à des tâches répétitives pour lesquelles des procédures explicites peuvent être établies. Ce qui, il y a quelques années, était encore considéré comme de la science fiction ou des utilisations de l'intelligence artificielle qui restaient au niveau de la démonstration, est en train de devenir presque banal.

Ceux qui utilisent les services de Google, Twitter ou Facebook sont maintenant habitués à la reconnaissance faciale sur les photos ou l'interprétation automatique du langage naturel pour proposer des publicités ciblées.

Plus insidieux encore est le filtrage des messages reçus (priority inbox dans Gmail ou sur les flux de messages Facebook ou Twitter) qui ne présentent que ce qui est censé les intéresser en fonction d'un ensemble de critères qui leur conviennent mais qu'ils n'ont pas choisi explicitement. Cela a rappelé Gilles des idées qu'il avait eues il y a quelques années quand il participait à des commissions de choix où siégeaient des experts. Je ne dévoilerai de quoi s'agissait-il dans ces commissions, car ce qui vient pourrait être considéré comme un manque de professionnalisme de la part des experts mais aussi de Gilles.

Je n'ai pas les éléments pour défendre les experts, mais à la décharge de mon ami Gilles, je dirais qu'il était jeune et qu'il ne se rendait pas compte des enjeux de haute importance qui y étaient traités. Dans ces commissions il s'agissait d'évaluer des dossiers. Beaucoup de dossiers en peu de temps. Souvent, le panel d'experts était composé de vrais experts, très bons, mais pas du domaine concerné. Apparemment, ceci n'était pas considéré comme un problème par les méta-experts qui organisaient les commissions.

Malheureusement, cette situation transformait les évaluations en une sorte de mélange de loterie combinée à l'inquisition où chaque expert essayait de s'en sortir sans être trop ridicule.

Au bout que quelques commissions, Gilles croyait être capable d'anticiper les réactions de la plupart des experts (ils étaient des experts professionnels et donc souvent les mêmes). La quantité de dossiers à évaluer poussait les experts à faire très vite et malheureusement à bâcler le travail. La plupart fonctionnaient en pilotage automatique. Ceci désespérait Gilles. J'ai d'autres amis qui auraient eu envie de frapper certains des experts, mais l'ami dont il est question ici n'est pas un garçon violent. Il est plutôt passionné d'informatique et donc sa frustration vis-à-vis des experts s'est traduite par une envie de les remplacer par des algorithmes. En séance, il regardait les experts et voyait des logigrammes.

La frustration augmentant, ces logigrammes sont devenus du pseudo-code. Et de là, il n'a pas pu s'empêcher de franchir le pas et de coder chaque expert en séance. Il a fait de l'eXtreme programming en temps réel. Il est comme ça, mon ami : ce sont les méthodes à Gilles.

Certains des experts étaient parfaitement clairs ordonnés et élégants. Ils les remplaçait par un script Python. D'autres faisaient beaucoup attention à la forme et peu au fond des dossiers, ils devenaient des classes Ruby.

Certains, on le voyait, avaient été comme cela, mais appartenaient à une autre époque. Ils méritaient du Java. D'autres étaient, malgré tout efficaces, mais parfois difficiles à suivre. Il leur accordait du C++. D'autres étaient rapidement débordés dès qu'ils avaient plusieurs dossiers à traiter. Ils finissaient en script Matlab.

D'autres, avaient une telle mémoire des dossiers qu'ils avaient traités pendant des années, qu'il fallait les remplacer par du SQL. D'autres étaient incompréhensibles, désordonnés, embrouillés. Ils méritaient à peine un peu de Perl, voir de l'awk et il avait envie de les envoyer vers /dev/null.

Il était déçu de ne jamais avoir pu se servir du Lisp, qu'il réservait pour le jour où il croiserait un expert qui se conduirait de façon élégante, intelligente et iconoclaste, mais juste.

Gilles a beaucoup mûri professionnellement et a fait reconnaître ses compétences. D'ingénieur junior il est passé architecte, puis chef de projet. Il a récemment atteint la sublimation et a été nommé responsable technico-commercial.

Tags: fr humor programming rant
24 Dec 2014

Les hommes occupés

Un commentaire à mon billet sur le travail disait :

"Le travail c'est la dignité de l'homme, oui. Parce que travailler c'est apporter à la communauté son œuvre, son intelligence dans le savoir-faire, ce qu'on appelle, ou qu'on appelait, l'”art”. Chacun est en possession d'un trésor personnel à donner à la société."

Je pense comprendre le sens du commentaire, mais je ne partage pas l'idée que la dignité de l'individu dépende du travail qu'il entreprend ou de sa contribution à la société. Qu'en est-il du chômeur, du chasseur-cueilleur, du retraité ?

Ce point de vue constitue un vrai problème dans nos sociétés supposées méritocratiques, où la valeur de l'individu est directement corrélée à sa réussite professionnelle. En fait, comme le dit Alain de Botton dans un TED Talk, on est dans une société de snobs :

Qu'est ce qu'un snob ? Un snob est une personne qui prend une petite partie de vous, et qui s'en sert pour établir une vision générale de qui vous êtes. Ceci est du snobisme.

Et le type de snobisme le plus commun qui existe aujourd'hui est le snobisme au niveau professionnel. On le rencontre après seulement quelques minutes à une fête, quand on vous pose cette célèbre question du 21e siècle, «  Qu'est ce que vous faites ?  » Et selon votre réponse à cette question, les gens sont soit heureux de vous rencontrer, ou ils regardent leurs montres et s'excusent.

L'opposé d'un snob c'est votre mère. Pas nécessairement votre mère, ni la mienne. Mais, en fait, la mère idéale. Quelqu'un qui ne se préoccupe pas de vos accomplissements.

De Botton fait bien de préciser qu'il parle d'une mère idéale, car la plupart des mères1 sont tombées aussi dans le piège de l'anxiété de statut et élaborent des plans de carrière pour leurs rejetons dès leur plus tendre enfance, souvent sans prendre la peine de leur demander leur avis.

Cependant Alain de Botton a tort quand il dit qu'il s'agit d'un phénomène récent. En effet, pendant ma tentative de manger tout le paquet de madeleines, quand je terminais Sodome et Gomorrhe, j'ai trouvé ça :

"… On voit bien qu'il faut que vous n'ayez rien à faire", ajoutait-il en se frottant les mains. Sans doute parlait-il ainsi par mécontentement de ne pas être invité, et aussi à cause de la satisfaction qu'ont les "hommes occupés" – fût-ce par le travail le plus sot – "de ne pas avoir le temps" de faire ce que vous faites.

Certes il est légitime que l'homme qui rédige des rapports2, aligne des chiffres3, répond à des lettres d'affaires4, suit les cours de la Bourse5, éprouve quand il vous dit en ricanant : "C'est bon pour vous qui n'avez rien à faire", un agréable sentiment de supériorité. Mais celle-ci s'affirmerait tout aussi dédaigneuse, davantage même (car dîner en ville l'homme occupé le fait aussi), si votre divertissement était d'écrire Hamlet ou seulement de le lire. En quoi les hommes occupés manquent de réflexion. Car la culture désintéressée qui leur paraît comique passe-temps d'oisifs quand ils la surprennent au moment qu'on la pratique, ils devraient songer que c'est la même qui dans leur propre métier met hors de pair des hommes qui ne sont peut-être pas meilleurs magistrats ou administrateurs qu'eux, mais devant l'avancement rapide desquels ils s'inclinent en disant : "Il paraît que c'est un grand lettré, un individu tout à fait distingué".

Footnotes:

1

Et des pères aussi, mais ça ne surprendra personne, car il est connu de tout le monde que seulement les mères se préoccupent du bien être des enfants ! C'est biologique, il paraît.

2

Word

3

Excel

4

Outlook

5

Internet Explorer

Tags: fr books ideas philo
20 Oct 2013

Chaos, hasard et libre arbitre

J'ai assisté hier à une conférence sur les fondements de la liberté pendant laquelle j'ai cru détecter une confusion – qui arrive souvent – entre chaos et non-déterminisme. Il a été malheureusement impossible de débattre du sujet, et je me suis senti frustré de ne pas pouvoir exposer clairement mes propos en quelques phrases, car je ne m'y étais pas préparé.

Comme ce n'est pas la première fois que j'échoue à expliquer pourquoi le chaos n'a rien d'aléatoire, j'ai décidé de rédiger un argumentaire auquel je pourrais me référer si la situation se présente à nouveau.

Je n'ai jamais vraiment manipulé le concept de chaos dans un cadre concret, mais cela m'a beaucoup intéressé à la suite de ma thèse ou j'ai travaillé sur la modélisation et l'inversion de systèmes non-linéaires. Les outils mathématiques développés dans l'étude des systèmes dynamiques non-linéaires permettent de modéliser le chaos.

Heureusement, on n'a pas besoin d'être un spécialiste de la physique et des mathématiques pour comprendre le chaos.

"La théorie du chaos - vers une nouvelle science" de James Gleick est une très bonne introduction pour les néophytes, mais un peu trop romancée à mon goût. Je préfère nettement "Dieu joue-t-il aux dés? - Les mathématiques du chaos" d'Ian Steward.

Comment définir le chaos simplement? Ian Steward dans la préface de la 2è édition de son livre le dit comme ceci :

On parle de chaos lorsqu'un système déterministe (c'est-à-dire non aléatoire) se comporte de manière apparemment aléatoire […].

Un système ou un phénomène chaotique est donc parfaitement déterministe, même s'il n'est pas prévisible. La non prévisibilité de son état futur vient de son extrême sensibilité aux changements, même minimes, sur son état présent. C'est ce que populairement on appelle "effet papillon" et qui rend extrêmement difficile la prévision météorologique, par exemple.

Il n'est donc pas étonnant que le vrai chaos dérange énormément ceux qui tiennent certaines positions philosophiques sur la liberté des individus. S'il n'y a pas de vrai phénomène aléatoire dans l'univers, et que tout est déterministe, les individus ne sont pas libres, mais parfaitement déterminés. La liberté ne serait qu'une illusion causée par la non prévisibilité du chaos. Ou comme le disait Spinoza, on se croit libres parce que l'on ignore les causes qui nous déterminent.

En effet, on peut raisonner comme cela au niveau macroscopique. En revanche, au niveau quantique, il pourrait ne pas en être ainsi. En effet, selon le principe de superposition, un système pourrait se trouver dans plusieurs états à la fois (le chat de Schrödinger). Et ceci n'est pas un état traduisant une ignorance vis-à-vis de l'état réel du système, mais bien une indétermination intrinsèque au système.

Cette interprétation a donnée lieu à beaucoup de polémiques, dont la plus connue est celle entre Einstein et Born, que Stewart rappelle dans le chapitre 16 intitulé "Le chaos et la mécanique quantique" :

Quand Einstein énonça sa remarque fameuse sur Dieu qui ne jouerait pas aux dés, il faisait allusion à la mécanique quantique. Celle-ci diffère par bien des points de la mécanique "classique" de Newton, Laplace et Poincaré sur laquelle la discussion a principalement porté jusque là. Einstein formula cette assertion devenue célèbre dans une lettre au physicien Max Born dont voici un plus ample extrait :

"Vous croyez en un Dieu qui joue aux dés et moi dans un ordre et des lois absolus régnant sur un monde qui existe objectivement et que j'essaie de saisir, même si c'est extrêmement spéculatif. J'y crois fermement, mais j'espère que quelqu'un le découvrira plus concrètement ou, au moins, d'une façon un peu plus tangible que tout ce à quoi j'ai abouti. Même les importants succès initiaux de la théorie quantique ne me font pas croire en un jeu de dés, fondamental, bien que je réalise parfaitement que vos collègues plus jeunes n'y voient là qu'un signe de sénilité"

On ne connaissait pas le chaos à l'époque d'Einstein, mais c'était là le genre de concept qu'il recherchait. Ironiquement, la représentation du hasard par un dé qui roule fait appel à la mécanique déterministe et classique, non quantique, et le chaos lui-même est un concept avant tout de mécanique classique.

Je ne soutiens pas que l'aléatoire n'existe pas, mais si je devais parier, je serais du côte d'Einstein.

Mais si nous supposons que le hasard quantique existe, le libre arbitre existe aussi. Ceci a été démontré par Conway et Kochen en 2006 à partir de l'hypothèse "spin". C'est le théorème du libre arbitre dont le corollaire est très bien résumé dans l'article de Wikipédia :

Cela ne signifie pas que le déterminisme soit faux, en effet si l'univers est entièrement déterministe, alors il n'y a pas de libre arbitre chez les humains et le théorème ne s'applique pas. Mais s'il existe un indéterminisme (un libre arbitre) chez les humains, il en existe aussi un pour les particules élémentaires.

En conséquence, tant que l'hypothèse "spin" n'est pas confirmée ou infirmée, croire dans la possibilité de liberté des individus est seulement une position philosophique. Et de toute façon, cette explication permet de ne pas angoisser trop :

Dans une de ses conférences consacrée au thème du voyage temporel, l'astronome Sean Carroll explique que le concept de libre arbitre n'est qu'une approximation et qu'il est en théorie tout à fait compatible avec le déterminisme. […]

"Beaucoup de gens sont perturbés par l'idée de déterminisme : cette idée selon laquelle si on connaît l'état exact de l'univers à un instant donné, on peut prédire le futur.

Je voudrais vous dire: ne soyez pas perturbés. Le déterminisme, ce n'est pas un vieil homme sage qui dirait: « Voici ce qui va se produire dans le futur et tu n'y peux absolument rien ». Ce n'est pas cela du tout.

L'idée de déterminisme c'est plutôt un garnement qui dirait: «Je sais ce que tu vas faire dans un instant». Alors vous lui demandez: «Admettons. Alors, qu'est-ce que je vais faire ? » et il répond: «Ça je ne peux pas te le dire ». Puis vous faites quelque chose et le gamin s'exclame: « Je savais que tu ferais ça »."

Selon Caroll, le déterminisme n'est donc pas incompatible avec le libre arbitre puisqu'aussi longtemps que nous ignorons ce que nous ferons dans le futur, l'éventail des possibles reste au moins théoriquement réalisable, de telle sorte qu'un futur non-déterministe nous parait tout à fait équivalent.

Enfin, grâce à Dieu, je suis athée, parce comme le dit Stewart dans l'épilogue de son livre :

Si Dieu jouait aux dés … il gagnerait!

Tags: fr ideas philo science
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