Jordi Inglada
04 Mar 2015

Le jeu de la vie, deuxième manche

Dans le billet précédent sur le jeu de la vie (le Game of Life, GoL), nous avons vu comme, à partir de règles très simples, on peut générer des processus complexes, voire imprédictibles.

Ce qui est intéressant aussi à noter est que, quand nous regardons le processus, nous avons tendance à oublier les règles qui le produisent et nous percevons des structures de haut niveau. Et ces structures sont, en quelque sorte, interprétées : on leur donne des noms (oscillateurs, vaisseaux, etc.) qui permettent d'y faire référence sans en donner la configuration précise ni le point de départ permettant d'y converger.

On a donc résumé un état initial suivi de l'application itérative d'un ensemble de règles par un concept (une structure avec un nom). Ces concepts permettent ensuite de raisonner et d'anticiper l'évolution de la grille sur, au moins, quelques itérations.

Du point de vue philosophique, on pourrait se demander si ces structures existent vraiment, puisqu'il ne s'agit que de cellules vivantes ou mortes "se déplaçant" sur la grille. On pourrait adopter un point de vue réductionniste (de la même façon que la biologie peut être réduite à la chimie, et celle-ci à la physique) et dire que ces structures ne sont que des modèles de la réalité.

Il peut sembler exagéré d'évoquer la philosophie des sciences en rapport avec le GoL. Mais un peu de patience, s'il vous plaît.

Dans le billet précédent, on avait vu qu'on pouvait passer de la grille logique (papier ou informatique) à un système physique avec des cellules reliées par de l'électricité. L'idée de cet exemple était de préparer le lecteur pour le niveau suivant qui consiste à construire un système similaire en remplaçant le silicium par du carbone : un petit réseau de neurones qui communiquent par des impulsions électriques.

Comme les cellules du GoL ou les LEDs du système physique proposé précédemment, les neurones sont actifs ou non, et leur état est communiqué à leurs voisin (via les synapses). Le modèle de neurone formel est tout à fait compatible avec la construction d'un système de type GoL.

Dans un système nerveux complexe comme le cortex, les configurations de haut niveau pourraient correspondre à des idées, de la mémoire, etc. Et c'est là où l'analogie avec le GoL ouvre des réflexions intéressantes :

I am a strange loop de D. Hofstadter constitue une réflexion très intéressante sur ces sujets. Pour Hofstadter, le moi, la conscience et le libre arbitre sont des illusions.

Son point de vue est critiqué, notamment par les néo-mystérianistes qui soutiennent que la compréhension de la conscience nous est impossible en tant qu'humains, car notre capacité cognitive est limitée.

D'un autre côté, les néo-mystérianistes sont à leur tour critiqués, notamment par D. Dennet, co-auteur avec Hofstadter de The mind's I … Ne voyez-vous pas un peu de récursivité dans tout ça? Un boucle étrange, en quelque sorte.

Footnotes:

1

Rappelons que le GoL est une machine de Turing universelle. Le cortex l'est donc aussi.

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